En transit

 

Ici, c’est le défilé des filles qui viennent remettre leurs lentilles. Les yeux encore endormis, la mine pas très fraîche sous les néons blafards des éclairages. Une dame se brosse tranquillement les dents, tandis que je sors tous mes flacons de liquides, soigneusement emballés dans leur sachet plastique. Ma voisine de lavabo a dégainé son attirail de maquillage. La poubelle déborde de cadavres de cotons démaquillants et de lingettes. Plusieurs femmes se succèdent dans les cabines des toilettes, et en ressortent en ayant changé de tenue. Chacune va et vient sans bruit sur les grands carreaux de carrelage blanc.

Ce ballet ininterrompu doit se répéter chaque jour, sous l’œil complice de l’employée de ménage, qui attend que les lieux se libèrent, la main sur son chariot.

Bienvenue dans les toilettes pour femmes de l’aéroport, au petit matin !

On attend le prochain avion.

Dans le terminal, tout est encore calme. Certains dorment comme ils peuvent sur un siège inconfortable, calés entre deux accoudoirs, ou carrément par terre sur la moquette. D’ailleurs, quelqu’un sait-il pourquoi il n’y a jamais de banc pour s’allonger dans les aéroports ??

Un balai passe en silence d’une salle d’embarquement à l’autre. Les rideaux des magasins de souvenirs et des cafés sont encore baissés. Les lieux sont étonnamment calmes quand on sait combien de passagers y transitent chaque jour.

En transit

On est ici dans un entre-deux : entre deux avions, entre deux pays, entre deux langues, entre deux jours… Déjà à l’étranger, mais pas tout à fait arrivés à destination. Si c’est à l’aller, on oscille entre l’excitation du départ, et la fatigue du premier vol et d’un réveil certainement trop matinal. Si c’est au retour, soyons honnêtes, on a une tête carrément déconfite : pleine de souvenirs géniaux, mais pas encore prête à retrouver le train-train quotidien.

Et puis peu à peu, sans qu’on s’en rende vraiment compte, les lumières se font plus vives, les allées et venues plus nombreuses, les annonces dans les haut-parleurs plus rapprochées. Dehors, le jour se lève à présent.

En transit

On attend.

Des tongs et des sacs à dos de randonnée déambulent d’une salle d’embarquement à l’autre. Endroit fascinant où on peut croiser tout à la fois des groupes d’amis partis pour un trekking, des hommes d’affaires et trois générations de la même famille. Où vont ces gens ? D’où viennent-ils ? Quelle est leur histoire ? Je pourrais passer des heures à observer ces inconnus et à m’interroger sur leur vie.

En transit

On attend.

Au bout d’un moment, on se lasse quand même, hein. Il faut trouver une occupation. Bon alors déjà : manger ! C’est ainsi que nous testerons le riz cantonais au petit déjeuner !

En transit

On se trouve ensuite un coin tranquille, isolé, histoire de comater peinards. Et puis, profitons des ressources que nous offrent nos appareils électroniques : musique et jeux sur le smartphone, film sur l’ordi portable, lecture sur la liseuse. Béni soit celui qui a fait installer des prises électriques sous les sièges ! Et que dire du point wi-fi où se regroupent les âmes en peine, coupées du monde depuis trop longtemps !

le fauteuil transat, une denrée rare dans les aéroports

le fauteuil transat, une denrée rare dans les aéroports

Deux heures passent, puis trois, puis quatre… Qu’on essaie d’entrecouper par quelques aller-retours aux toilettes (la dame qui fait le ménage est toujours là, elle veille sur les lieux), une visite au magasin de souvenirs, un contrôle sur les écrans pour vérifier notre porte d’embarquement.

devant nos toilettes préférées à Roissy

devant nos toilettes préférées à Roissy

On attend. Et tout à coup, c’est l’heure ! Il faut se rapprocher du comptoir d’embarquement, ressortir le passeport et la carte d’embarquement. On vérifie qu’on n’a rien laissé sous nos sièges là-bas.

Mince, y a déjà du monde qui fait la queue devant le comptoir ! Comment a-t-on pu passer quatre heures à attendre et se retrouver soudain à la bourre pour embarquer ? C’est incompréhensible. Il doit y avoir une faille dans l’espace-temps…

Quelques minutes où on se presse dans la file, et c’est reparti pour un nouveau vol… jusqu’à la prochaine escale !

En transit

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